Art de trame où l’invisible incante sans fin l’étendue. La création enciellée d’Anne Damesin semble toujours vivre en apesanteur, et comme en suspension. Une infinie légèreté, omniprésente et fragile,
oxygène chaque œuvre au profond. L’intimité qu’elle évoque est protectrice, enfouie, éphémère. Aux confins de la sensibilité. Son art aigu est dévoilement magique, intimité d’infra-monde, exhalée en calligraphie venteuse toujours allusive. Dans son écriture d’altérité, flottante, métamorphique et constamment vouée aux miracles ténus du hasard, tout ne peut pas venir de son mental, ni de son ego. Elle sait convoquer l’imprévisible du temps, car, en alchimiste décalée, elle expérimente à tout-va. Elle travaille en grande lenteur, prête toujours à accueillir les surprises qui surgissent des matières osées qu’elle prépare. Son art est un tissu d’autre vie qui navigue au-delà de l’humain. Ses lumières sont traversées d’ombre, et la transparence est son territoire.
L’éphémère précaire est son quotidien, et l’expérimentation constante sa libre passion. La répétition n’est pas son fort…. Anne Damesin aime l’hybridation qui relie tous les états secrets du monde, créant ainsi d’autres possibles. Elle s’aventure au-delà d’elle-même et se nourrit d’empreintes d’autres présences. Elle crée des liens entre la peau et les subtiles séductions du végétal. Elle s’aventure dans les marges de la nature, magique alibi d’une création toujours inventive, aux creux féériques du visible. Elle aime les nacres, les couleurs irisées travaillées par le temps, et la présence inouïe d’impensables fleurs de vie. Chaque signe d’art créé est un talisman d’âme.
To give invisible and infinitesimal natural phenomena an appearance and form would be Anne Damesin’s guiding principle. This is not about representing what is already there, but rather approaching the process of mutation that governs beings and plants: natura naturans rather than natura naturata. Hence an attention given to light, to movements, to spaces between branches, which is then transcribed into artistic work that explores the subject through series, until its exhaustion. It is as if the practice itself corresponded to a natural cycle: birth, life, and death. Through materials, colors, and forms, a dynamic of mutation reveals itself without ever naming itself. This principle is particularly evident in the Anémochories series, wall installations of cut and painted papers whose reverse side projects colored light onto the surface where they are mounted. The mode of wind dispersal of plant diaspores is explored here through fragile and supple structures that vibrate and transform according to their environment. By endowing the cardboard backing with a fluorescent reflection, it is the imperceptible that is imbued with strength and the ephemeral that is established as the principal engine of germination. Above all, the alliance of the vegetal model with an iridescent palette grants the works an anachronistic dimension, situating them in diverse temporalities: they are at once precious and fragile, ancient and new.
A similar tension between a time as enduring as it is fleeting runs through the series Il suffit d’un grand morceau de ciel (A Large Piece of Sky Will Do). Like solitary wings or tokens freeing the journey toward another world, honesty seed pods (monnaies des papes) frozen in vegetal lacquer surround a dichroic mirror. The structure, once again, is in movement. It places the gaze on the side of illusion and nourishes the belief that magic is at work within the forces of nature.






Donner aux phénomènes invisibles et infimes de la nature une apparence et une forme serait le mot d’ordre d’Anne Damesin. Il ne s’agit pas ici de représenter ce qui est déjà là mais de s’approcher du processus de
mutation qui régit les êtres et les plantes : natura naturans et non natura naturata. D’où une attention donnée aux lumières, aux mouvements, aux espaces entre les branches qui est ensuite retranscrite dans un travail artistique qui décline le sujet en séries, jusqu’à son épuisement. C’est comme si la pratique correspondait son tour à un cycle naturel :
naissance, vie et mort. Par les matériaux, les couleurs et les formes, une dynamique de la mutation se révèle sans pour autant dire son nom. Ce principe se retrouve notamment dans la série des Anémochories, installations murales de papiers découpés et peints dont le revers projette une lumière colorée sur la surface où elles sont accrochées. Le mode de dispersion par les vents des diaspores végétales est ici exploré à travers des structures fragiles et souples qui vibrent et se modifient en fonction de l’environnement où elles se situent. En dotant le dos du carton d’un reflet fluorescent, c’est l’imperceptible qui est doué de force et l’éphémère qui est instigué comme le principal moteur de la germination. Surtout, l’alliance du modèle végétal et d’une palette irisée accorde aux œuvres une dimension anachronique, les situant dans des temporalités diverses : elles sont à la fois précieuses et fragiles, anciennes et nouvelles.
Une tension similaire entre un temps aussi long qu’il est passager parcourt la série Il suffit d’un grand morceau de ciel. Comme des ailes solitaires ou des pièces affranchissant le voyage vers un autre monde, des monnaies des papes figées dans une laque végétale entourent un miroir dichroïque. La structure, à nouveau, est en mouvement. Elle place le regard du côté de l’illusion et alimente la croyance qu’une magie est à l’œuvre dans les forces de la nature.
To give invisible and infinitesimal natural phenomena an appearance and form would be Anne Damesin’s guiding principle. This is not about representing what is already there, but rather approaching the process of mutation that governs beings and plants: natura naturans rather than natura naturata. Hence an attention given to light, to movements, to spaces between branches, which is then transcribed into artistic work that explores the subject through series, until its exhaustion. It is as if the practice itself corresponded to a natural cycle: birth, life, and death. Through materials, colors, and forms, a dynamic of mutation reveals itself without ever naming itself. This principle is particularly evident in the Anémochories series, wall installations of cut and painted papers whose reverse side projects colored light onto the surface where they are mounted. The mode of wind dispersal of plant diaspores is explored here through fragile and supple structures that vibrate and transform according to their environment. By endowing the cardboard backing with a fluorescent reflection, it is the imperceptible that is imbued with strength and the ephemeral that is established as the principal engine of germination. Above all, the alliance of the vegetal model with an iridescent palette grants the works an anachronistic dimension, situating them in diverse temporalities: they are at once precious and fragile, ancient and new.
A similar tension between a time as enduring as it is fleeting runs through the series Il suffit d’un grand morceau de ciel (A Large Piece of Sky Will Do). Like solitary wings or tokens freeing the journey toward another world, honesty seed pods (monnaies des papes) frozen in vegetal lacquer surround a dichroic mirror. The structure, once again, is in movement. It places the gaze on the side of illusion and nourishes the belief that magic is at work within the forces of nature.