A propos

La Démarche Artistique d'Anne Damesin :

Français
Traduction
English

Ma recherche artistique interroge le rapport de l’homme à la nature, de l’art au vivant. Je cherche à mettre en lumière ce qu’on ne voit pas, voire ce qui est caché. Le discret, le fragile et l’infime occupent dans mon travail le premier plan, dont la place est révélée. Pour ce faire, je mets en place différents dispositifs de révélation d’une trame. L’univers végétal me permet d’expérimenter, d’exprimer et de nourrir ces tissages entre l’artefact et la nature.

Dans ma pratique, j’utilise des matériaux à la fois précieux et naturels – le végétal, la terre, le bois, le papier ou encore le plâtre – que je cherche à magnifier par des processus de temps long pour donner à voir la fragilité et la beauté du vivant. Chacun de ces matériaux incarne une dimension du vivant : l’éphémère, la transformation, la permanence.

Je me sers des jeux d’ombres et de lumières – à travers l’ombre colorée, le miroir dichroïque ou encore la transparence du papier – pour matérialiser les métamorphoses imperceptibles du vivant. L’œuvre n’est jamais tout à fait la même selon l’angle, le lieu et l’environnement, suivant le mouvement continu des infinies transformations de la Nature.

My artistic research examines the relationship between humankind and nature, between art and the living. I seek to bring to light what we do not see, or even what is hidden. The discreet, the fragile, and the infinitesimal occupy the foreground in my work, their place revealed. To achieve this, I establish various devices for unveiling an underlying fabric. The vegetal universe allows me to experiment, express, and nourish these interweavings between artifact and nature.

In my practice, I use materials that are both precious and natural—plants, earth, wood, paper, or plaster—which I seek to magnify through slow, time-based processes to reveal the fragility and beauty of the living. Each of these materials embodies a dimension of life: the ephemeral, transformation, permanence.

I employ interplays of shadow and light—through colored shadows, dichroic mirrors, or the transparency of paper—to materialize the imperceptible metamorphoses of the living. The work is never quite the same depending on the angle, location, and environment, following the continuous movement of Nature’s infinite transformations.

Au-delà

Français
Traduction
English

Donner aux phénomènes invisibles et infimes de la nature une apparence et une forme serait le mot d’ordre d’Anne Damesin. Il ne s’agit pas ici de représenter ce qui est déjà là mais de s’approcher du processus de
mutation qui régit les êtres et les plantes : natura naturans et non natura naturata. D’où une attention donnée aux lumières, aux mouvements, aux espaces entre les branches qui est ensuite retranscrite dans un travail artistique qui décline le sujet en séries, jusqu’à son épuisement. C’est comme si la pratique correspondait son tour à un cycle naturel :
naissance, vie et mort. Par les matériaux, les couleurs et les formes, une dynamique de la mutation se révèle sans pour autant dire son nom. Ce principe se retrouve notamment dans la série des Anémochories, installations murales de papiers découpés et peints dont le revers projette une lumière colorée sur la surface où elles sont accrochées. Le mode de dispersion par les vents des diaspores végétales est ici exploré à travers des structures fragiles et souples qui vibrent et se modifient en fonction de l’environnement où elles se situent. En dotant le dos du carton d’un reflet fluorescent, c’est l’imperceptible qui est doué de force et l’éphémère qui est instigué comme le principal moteur de la germination. Surtout, l’alliance du modèle végétal et d’une palette irisée accorde aux œuvres une dimension anachronique, les situant dans des temporalités diverses : elles sont à la fois précieuses et fragiles, anciennes et nouvelles.
Une tension similaire entre un temps aussi long qu’il est passager parcourt la série Il suffit d’un grand morceau de ciel. Comme des ailes solitaires ou des pièces affranchissant le voyage vers un autre monde, des monnaies des papes figées dans une laque végétale entourent un miroir dichroïque. La structure, à nouveau, est en mouvement. Elle place le regard du côté de l’illusion et alimente la croyance qu’une magie est à l’œuvre dans les forces de la nature.

To give invisible and infinitesimal natural phenomena an appearance and form would be Anne Damesin’s guiding principle. This is not about representing what is already there, but rather approaching the process of mutation that governs beings and plants: natura naturans rather than natura naturata. Hence an attention given to light, to movements, to spaces between branches, which is then transcribed into artistic work that explores the subject through series, until its exhaustion. It is as if the practice itself corresponded to a natural cycle: birth, life, and death. Through materials, colors, and forms, a dynamic of mutation reveals itself without ever naming itself. This principle is particularly evident in the Anémochories series, wall installations of cut and painted papers whose reverse side projects colored light onto the surface where they are mounted. The mode of wind dispersal of plant diaspores is explored here through fragile and supple structures that vibrate and transform according to their environment. By endowing the cardboard backing with a fluorescent reflection, it is the imperceptible that is imbued with strength and the ephemeral that is established as the principal engine of germination. Above all, the alliance of the vegetal model with an iridescent palette grants the works an anachronistic dimension, situating them in diverse temporalities: they are at once precious and fragile, ancient and new.

A similar tension between a time as enduring as it is fleeting runs through the series Il suffit d’un grand morceau de ciel (A Large Piece of Sky Will Do). Like solitary wings or tokens freeing the journey toward another world, honesty seed pods (monnaies des papes) frozen in vegetal lacquer surround a dichroic mirror. The structure, once again, is in movement. It places the gaze on the side of illusion and nourishes the belief that magic is at work within the forces of nature.

Elora Weill-Engerer

Critique d’art – Commissaire d’exposition indépendante

Talismans d’âme

Français
Traduction
English

Art de trame où l’invisible incante sans fin l’étendue. La création enciellée d’Anne Damesin semble toujours vivre en apesanteur, et comme en suspension. Une infinie légèreté, omniprésente et fragile,
oxygène chaque œuvre au profond. L’intimité qu’elle évoque est protectrice, enfouie, éphémère. Aux confins de la sensibilité. Son art aigu est dévoilement magique, intimité d’infra-monde, exhalée en calligraphie venteuse toujours allusive. Dans son écriture d’altérité, flottante, métamorphique et constamment vouée aux miracles ténus du hasard, tout ne peut pas venir de son mental, ni de son ego. Elle sait convoquer l’imprévisible du temps, car, en alchimiste décalée, elle expérimente à tout-va. Elle travaille en grande lenteur, prête toujours à accueillir les surprises qui surgissent des matières osées qu’elle prépare. Son art est un tissu d’autre vie qui navigue au-delà de l’humain. Ses lumières sont traversées d’ombre, et la transparence est son territoire.

L’éphémère précaire est son quotidien, et l’expérimentation constante sa libre passion. La répétition n’est pas son fort…. Anne Damesin aime l’hybridation qui relie tous les états secrets du monde, créant ainsi d’autres possibles. Elle s’aventure au-delà d’elle-même et se nourrit d’empreintes d’autres présences. Elle crée des liens entre la peau et les subtiles séductions du végétal. Elle s’aventure dans les marges de la nature, magique alibi d’une création toujours inventive, aux creux féériques du visible. Elle aime les nacres, les couleurs irisées travaillées par le temps, et la présence inouïe d’impensables fleurs de vie. Chaque signe d’art créé est un talisman d’âme.

To give invisible and infinitesimal natural phenomena an appearance and form would be Anne Damesin’s guiding principle. This is not about representing what is already there, but rather approaching the process of mutation that governs beings and plants: natura naturans rather than natura naturata. Hence an attention given to light, to movements, to spaces between branches, which is then transcribed into artistic work that explores the subject through series, until its exhaustion. It is as if the practice itself corresponded to a natural cycle: birth, life, and death. Through materials, colors, and forms, a dynamic of mutation reveals itself without ever naming itself. This principle is particularly evident in the Anémochories series, wall installations of cut and painted papers whose reverse side projects colored light onto the surface where they are mounted. The mode of wind dispersal of plant diaspores is explored here through fragile and supple structures that vibrate and transform according to their environment. By endowing the cardboard backing with a fluorescent reflection, it is the imperceptible that is imbued with strength and the ephemeral that is established as the principal engine of germination. Above all, the alliance of the vegetal model with an iridescent palette grants the works an anachronistic dimension, situating them in diverse temporalities: they are at once precious and fragile, ancient and new.

A similar tension between a time as enduring as it is fleeting runs through the series Il suffit d’un grand morceau de ciel (A Large Piece of Sky Will Do). Like solitary wings or tokens freeing the journey toward another world, honesty seed pods (monnaies des papes) frozen in vegetal lacquer surround a dichroic mirror. The structure, once again, is in movement. It places the gaze on the side of illusion and nourishes the belief that magic is at work within the forces of nature.

Elora Weill-Engerer

Critique d’art – Commissaire d’exposition indépendante

Français
Traduction
English

Pour Anne Damesin, le processus du travail présenté ici semble limpide : un dessin en mailles découpé (…)

Vient alors le temps d’une mise en couleur légère et poétique, quasiment imperceptible, histoire de ne pas peser.
Ensuite, par une douce manipulation de cette dentelle, suspendue ou épinglée légèrement sur un support plat, les dessins se font objets et volumes, laissant passer les jeux d’ombres et de lumières.
Avec le trouble qui naît de la présence d’une autre ombre, celle là, insidieuse et plus inquiétante puisqu’elle-même découpée dans le papier. Une dialectique subtile du plein et du vide.

Pierre Gilles

Commissaire d’exposition

For Anne Damesin, the process of the work presented here seems crystal clear: a mesh drawing cut out (…)
Then comes the time for a light and poetic addition of color, almost imperceptible, so as not to weigh it down.
Next, through gentle manipulation of this lace, suspended or lightly pinned to a flat support, the drawings become objects and volumes, allowing interplays of shadow and light to pass through.
With the disturbance that arises from the presence of another shadow—this one insidious and more unsettling since it is itself cut from the paper. A subtle dialectic of solid and void.


Pierre Gilles

Exhibition curator

Français
Traduction
English

De son geste généreux, Anne Damesin dessine la vie qui jaillit de toutes ses lignes. Les rythmes et variations sont, pour elle, une source majeure d’inspiration, qu’elle incarne dans des lignes de couleurs, expression la plus pure de la pensée Elle part volontairement des couleurs primaires, dans une démarche pleine de retenue, quasi ascétique, puis elle donne du souffle à ses lignes qui surgissent de la toile dans une énergie primale. Car ces lignes ont leur matrice et tracent des chemins qui leur sont propres. Existe-t’il un code à déchiffrer? Chacun trouvera des réminiscences personnelles en suivant ces vibrations colorées. Anne Damesin a aussi voulu approfondir son travail de création dans l’abstraction et tout naturellement le volume s’est imposé à elle. Elle crée des » tableaux en volume » et non pas des sculptures. Et, en effet, en partant de la toile, ces tableaux en trois dimensions intitulés » les échappées belles » nous emmènent dans une exploration poétique de l’espace. Anne Damesin n’est pas seulement guidée par une recherche intellectuelle, il y a une approche de la « suavité » de la matière en particulier lorsqu’elle travaille le bois, de tilleul ou de noisetier.Elle utilise d’ailleurs la caséïne, une peinture à base de lait qui confère à ses oeuvres une douceur gaie et sensuelle. Ses « fagots » ne sont pas de bois mort, bien au contraire.

Catherine Gobet

Présidente d’Ar Cime

With her generous gesture, Anne Damesin draws life that springs from all her lines. Rhythms and variations are, for her, a major source of inspiration, which she embodies in lines of color—the purest expression of thought. She deliberately begins with primary colors, in an approach full of restraint, almost ascetic, then she breathes life into her lines, which surge from the canvas with primal energy. For these lines have their matrix and trace paths that are their own. Is there a code to decipher? Each viewer will find personal reminiscences by following these colored vibrations. Anne Damesin also sought to deepen her creative work in abstraction, and quite naturally, volume imposed itself upon her. She creates « paintings in volume » rather than sculptures. And indeed, starting from the canvas, these three-dimensional paintings titled « Les Échappées Belles » (The Beautiful Escapes) take us on a poetic exploration of space. Anne Damesin is not solely guided by intellectual research; there is an approach to the « suavity » of matter, particularly when she works with linden or hazel wood. She uses casein, a milk-based paint that gives her works a joyful and sensual softness. Her « bundles » are not of dead wood—quite the contrary.

Catherine Gobet

President of "Ar Cime"